Ma conversation le 1 mars 2025 à Montréal avec Léa Vandycke, une biologiste de formation, conseillère en environnement et une co-fondatrice de Éclore, un organisme à Montréal, dont la vision est de placer l’art et la culture au cœur du projet de transition socio-écologique au Québec. J’étais très heureux de découvrir le travail d’Éclore dont sa mission de créer des ponts entre les milieux artistiques, environnementalistes et militants, de rassembler et de bâtir de l’espoir pour une suite du monde plus juste et durable et de le faire avec de la joie dans le cœur et avec de … l’empathie cognitive et émotive.
Veuillez consulter la transcription de cet épisode pour les hyperliens des publications et organisations citées. Pour plus d'informations sur la saison 6 du balado conscient, voir une réflexion consciente ou l'écouter ici.
Points d'action
Sommaire de l'épisode (générée par l' IA Whisper Transcribe)
L'art peut-il changer le monde ? Découvrez comment Éclore jette des ponts entre les artistes, les scientifiques et les activistes pour inspirer l'action et créer un avenir plus durable, une initiative locale à la fois.
Chapitres
00:00 L’art comme moteur de mobilisation
01:26 Présentation des cofondatrices d’Éclore
02:43 La genèse d’Éclore
05:00 Les défis de la collaboration intersectorielle
06:15 Des événements festifs pour rassembler
08:07 Ateliers et collaborations créatives
09:10 Le rôle de l’art dans la société
11:44 Encourager l’engagement artistique
Citations de Léa Vandycke
Derrière l'histoire
Éclore est né d'une série de rencontres financées par une subvention semer du Conseil des Arts du Canada, révélant les défis et les opportunités de relier les secteurs de l'art et de l'environnement. L'organisation a pour objectif de favoriser la collaboration et de recadrer le récit de la transition écologique par le biais d'initiatives joyeuses et communautaires.
Transcription de é164 léa vandycke – l’empathie cognitive et émotive
Remarque : il s'agit d'une transcription automatique fournie pour ceux qui préfèrent lire cette conversation et à des fins de documentation. Elle a été vérifiée mais n'est pas tout à fait exacte à 100 % (certains noms peuvent ne pas être tout à fait exacts). Veuillez me contacter si vous souhaitez citer cette transcription : claude@conscient.ca
[00:00:00 - 00:55:00] Léa Vandycke
Pour nous, je pense que les arts et la culture, c'est un moyen de venir mobiliser les gens, en fait, mobiliser dans les luttes, les pousser à s'engager dans des combats politiques, etc., soit en leur faisant comprendre de manière rationnelle les enjeux. Donc, c'est ce qu'on appelle l'empathie cognitive. Mais il y a aussi leur faire ressentir des émotions. Il y a la crise, ça peut être des émotions négatives, forcément. Mais c'est parce qu'il y a ces émotions-là que ça va pousser à l'action. Puis ça, c'est soit en dénonçant, soit en créant un sentiment d'amour pour le vivant, par exemple. Donc plutôt l'empathie émotive. Donc je dirais qu'il y a vraiment ce volet mobilisation qui est pour nous hyper important. Mais il y a aussi tout l'aspect se faire du bien.
[00:00:56 - 00:01:34] Claude Schryer
Ma conversation le 1 mars 2025 à Montréal avec Léa Vandycke, une biologiste de formation, conseillère en environnement et une co-fondatrice de Éclore, un organisme à Montréal, dont la vision est de placer l’art et la culture au cœur du projet de transition socio-écologique au Québec... l’empathie cognitive et émotive.
[00:01:35 - 00:02:40] Léa Vandycke
Pour nous, notamment les gens qui sont dans ces luttes-là depuis un petit moment, il y a beaucoup d'épuisement, on ressent beaucoup d'épuisement. Et donc l'art peut nous faire du bien, peut nous apporter du beau, de la légèreté, nous rassembler aussi beaucoup, créer un sentiment d'appartenance entre nous. Donc c'est ça que je dirais, je répondrais.
[00:01:55 - 00:02:00] Claude Schryer
Et quand tu dis ‘nous’, qui êtes-vous ?
[00:02:01 - 00:02:39]
À l'origine, on est trois cofondatrices, donc Clémence Roy-Darisse, qui est artiste de théâtre, Léa Ilardo, qui a été une grande figure, notamment de la mobilisation de 2019, et donc moi, qui viens plutôt du milieu scientifique initialement. Puis maintenant, on est rendu sept au conseil d'administration, donc autant des environnementalistes que des artistes. Donc on a Émilie-Marie Séguin, qui est une artiste. Il y a Nathalie Fontalvo aussi, artiste multidisciplinaire. Alexis Curadeau Coderre, qui lui a fait toute une thèse de mémoire sur ces sujets-là justement. Est-ce que j'ai oublié quelqu'un ? Et Myriam Thériaux, c'est ça, qui est coordonnatrice générale de Mères-au-Front.
Donc ouais, quand je dis ça, c'est surtout nous, je pense, en tout cas, le cœur d'Éclore, mais aussi toute notre communauté, tous les gens qui nous suivent depuis le début, qui nous ont aidés aussi à cocréer, qui ont été très impliqués lors de l'idéation d'Éclore. Peut-être que j'en parlerai après, mais...
[00:02:40 - 00:02:48] Claude Schryer
On peut en parler maintenant ? Comment est-ce que vous avez créé cette organisation et pourquoi ?
[00:02:48 - 00:05:14] Léa Vandycke
C'est intéressant parce qu'en fait on a eu la chance de recevoir une subvention, la subvention semée du Conseil des arts du Canada, c'est en 2023, qui nous a permis de rencontrer une quarantaine en fait de personnes, soit des artistes, soit des environnementalistes ou les deux d'ailleurs, ce n’est pas tout le temps l'un ou l'autre. Et on a organisé en fait des soupers, donc ça c'était avant la création d'Éclore, on a organisé en fait des soupers... il y avait un souper uniquement avec des artistes, un souper uniquement avec des environnementalistes et des personnes militantes et un souper qui réunissait ces deux milieux. Et ça a été vraiment hyper enrichissant pour nous de comprendre en fait c'était quoi les obstacles aujourd'hui à la création de maillages entre ces deux milieux là. à quel point parfois c'est difficile en fait déjà même par exemple pour les artistes d'avoir cette étiquette engagée parce qu'à cause de toute l'instabilité financière, Le fait que le milieu artistique et culturel est en ce moment un milieu qui a beaucoup d'obstacles et d'enjeux. Et donc forcément cette étiquette-là peut poser des problèmes en termes d'avoir des contrats, etc. Il y a aussi tous les enjeux de traduction, on dirait que c'est un langage différent aussi, les milieux, le milieu environnemental, scientifique, militant, ne parlent pas du tout le même langage que le milieu artistique, le milieu culturel.
Il y a aussi les défis au niveau des mécanismes de financement, le fait que c'est très construit en ce moment pour que ça rentre dans une case quoi, puis il manque énormément d'intersectorialité, de possibilités d'intersectorialité dans nos mécanismes administratifs ou financiers quoi. Bref, c'était vraiment intéressant de faire un peu la liste de tous les choses qui bloquent en ce moment la possibilité de maillage. Puis nous, on a voulu, avec Éclore, créer ce trait d'union-là possible en fait. Cette plateforme de traduction presque et de rencontre aussi entre ces deux milieux-là qui sont finalement très dans leur coin quoi, enfin en silo.
[00:05:17 - 00:05:33] Claude Schryer
Quand j'ai vu « J'ai plus connaissance de classe », j'étais bien content parce qu'on parle d'art et de science depuis longtemps, mais là c'est l'action locale. Comment décrirais-tu les activités que vous faites ou que vous aimeriez faire avec les artistes et les scientifiques?
[00:05:35 - 00:06:36] Léa Vandycke
Je pense que ce qu'on fait... Déjà de manière générale, ce qu'on voulait faire depuis le début, c'était de créer des moments festifs. On veut qu'en fait la transition donne envie. Donc on veut créer cet espace de rencontre, en présentiel, revenir à du présentiel. quelque chose de local en fait où on se rend compte, on fête, on parle aussi forcément de certains enjeux, on parle des crises actuelles et on s'organise entre nous en fait. Et je pense que l'un de nos plus grands moments, enfin pour le moment, c'est sûr que ça fait moins d'un an qu'on existe, mais notre événement de lancement en mai, pour nous ça a été un moment magique parce que c'était exactement ce à quoi on espérait réaliser. C'était un grand événement avec beaucoup de gens.
[00:06:38 - 00:08:41] Léa Vandycke
Où il y avait trois performances artistiques de types différents, de pratiques différentes. Il y avait un show musical de Momo, il y avait un show humoristique des Farouches, il y a eu aussi un conte écologique que nous a fait Les Conteurs à Gage. plus des prises de positions aussi politiques, de certaines luttes. Par exemple, il y a eu la porte-parole de MOP 6600, Cassandre, qui est venue parler de la lutte écologique, la lutte de territoire en fait, c'est en ce moment à Hochelaga, depuis plusieurs années. Donc voilà, ça mélangeait vraiment ces deux mondes et c'était vraiment une ambiance légère qui a fait du bien à tout le monde. Et donc je pense qu'on est parti de cet événement-là. Et depuis, on essaye de reproduire ça donc à des plus petites échelles, à plusieurs endroits en fait.
On a créé une communauté qui s'appelle la communauté racinaire. Puis elle, elle rassemble plus de... Ouais, bientôt 100 membres. Et l'objectif, c'est de créer donc des événements pour se rencontrer. Aussi, il y a toute une infolettre pour venir faire rayonner les travaux en fait de nos membres. mais aussi des fois des opportunités aussi de mandat, notamment par exemple du milieu scientifique ou environnemental qui chercherait des artistes pour réaliser certaines choses en mobilisation. Donc il y a ça, puis après, il y a tout le volet aussi atelier-conférence, où récemment, on est allé dans un grand colloque scientifique, en fait, par exemple, ce colloque scientifique sur l'adaptation au changement climatique.
Et avec l'artiste Joanna Griffith, on a créé une fresque participative avec le milieu de la recherche des experts, en fait, en sciences du climat. Et on a réalisé une fresque participative. Ça, c'était beau de voir Est-ce que ce genre de maillage peut créer en fait?
[00:08:41 - 00:09:19] Claude Schryer
Ce sont de bons exemples, vous allez sans doute en faire d'autres avec le temps, ça fait seulement un an. J'allais dire, quel rôle voulez-vous jouer dans la société, mais je pense que tu viens de me parler, c'est assez clair. Quelles sortes de défis faites-vous face, sans doute le financement, etc.? Mais comment tu vois l'évolution des CLAR, parce que c'est une belle initiative, on en a besoin partout au pays, partout dans le monde, l'action locale. Comment tu vois que ça va contribuer, par exemple, aux problématiques complexes qu'on a, le rôle de l'art, la collaboration en sciences?
[00:09:24 - 00:10:37] Léa Vandycke
Je pense que pour le moment, ça fait un an qu'on existe, on veut déjà défendre la place de l'art et de la culture dans nos sociétés de manière générale, mais notamment dans la transition socio-écologique. On dirait qu'il faut aussi qu'il y ait cette prise de conscience du milieu environnemental, de la capacité de l'art à mobiliser parce que le milieu enfin ce milieu-là a tendance, et moi je parle en connaissance de cause puisque moi j'ai fait un bac en biologie, puis après ça j'ai fait une maîtrise en environnement, j'ai toujours eu un esprit très cartésien, très rationnel à vouloir réaliser des rapports, à vouloir tout expliquer en pensant que expliquer aux gens c'est ça qui allait les pousser à l'action. Alors qu'en fait, c'est pas nécessairement ça. Ça peut, chaque personne est très différente. Mais ce que j'ai réalisé plus tard, c'est qu'il faut aimer pour vouloir défendre, par exemple. En fait, c'est pas comprendre le phénomène, mais c'est de vouloir défendre. Et ça, je pense que c'est le plus important. Et je m'en vais donc dans cette direction-là.
[00:10:38 - 00:10:39] Claude Schryer
Moi ce que je retiens c'est l'amour.
[00:10:39 - 00:11:35] Léa Vandycke
L'Amour de la planète. Et je pense que c'est ça que je voulais dire, oui c'est ça, c'est que je pense que l'objectif d'Éclore Infiné c'est de changer nos moyens, les méthodes en fait, pour aller chercher les gens. Donner une nouvelle image à la transition et ça va avec toutes les idées de création de nouveaux imaginaires aussi communs, etc. qu'on en parle beaucoup en ce moment aussi, mais ça passe par ça par exemple, c'est revoir nos... faut arrêter de sortir des cranchifs alarmistes qui sont très négatifs, très pessimistes, tu sais même moi je trouve ça vraiment... Ouais, ça pousse un peu à l'inaction, après ça dépend, ça dépend de chaque personne où on est, chaque personne dans son processus aussi, déveille par rapport à ces questions-là.
[00:11:35 - 00:12:55] Claude Schryer
Mais ouais, c'est ça que je dirais. C'est une nouvelle série du balado conscient qui s'appelle Table ronde et vous allez sans doute participer là avec Éclair. Puis je pense que ça fait du bien de se parler, de se montrer vulnérable, de se montrer courageuse ou whatever, on ressent, puis ensuite de travailler ensemble, de briser l'isolement. Je vous félicite pour ce travail. Merci. Pour moi, ça me donne courage, surtout les plus jeunes générations qui se prennent en main, qui créent des nouvelles structures, qui comblent des besoins. Alors, on va arriver bientôt à nos dernières deux minutes, parce que c'est une quinzaine cet épisode, donc ça dure 15 minutes.
C'est un aperçu de ce que vous faites. Je vais mettre les liens dans les notes de l'épisode pour votre site web, etc. Et ceux qui habitent à Montréal, dans la région, je vous invite à participer. Moi, si j'habitais ici, je viendrais. Oubliez, je vais venir quand même. Donc, passons à l'action. Quelles sont les choses que tu penses, toi et le collectif, que les gens peuvent faire concrètement en ce moment avec l'art et la science? Ça m'intéresse que ça soit le plus concret possible.
[00:13:01 - 00:14:14] Léa Vandycke
Je te répondrais en disant qu'il faut oser s'engager. Il faut que les artistes osent prendre parti parce qu'en fait, l'art apolitique n'existe pas. Puis ça, je pense que c'est l'un des plus grands messages clés qu'on veut faire paraître et une des grandes peurs aussi qu'on a beaucoup entendues depuis toute notre phase d'études exploratoires. Et pour ça, j'aimerais citer Geoffroy de Laganerie qui dit qu'il n'y a pas de non-participation possible au monde et qu'à partir du moment où nous décidons d'écrire, nous participons à la production des discours qui façonnent la connaissance du monde et à l'image que nous nous en formons. C'est-à-dire qu'on contribue à façonner le monde et donc l'activité de désengagement n'a pas lieu en fait. Et ça, je trouve que c'est vraiment intéressant. À partir du moment où on comprend ça, que toute pratique s'inscrit dans un système de pouvoir, de domination actuelle, ça change énormément nos décisions.
[00:14:15 - 00:14:27] Claude Schryer
Et les artistes qui sont très fluides et les scientifiques qui sont très savants, ils ont intérêt à travailler ensemble. Surtout, souvent, c'est la même chose à la réscience.
[00:14:27 - 00:14:39] Léa Vandycke
Oui, bien sûr. À la réscience, il y a aussi beaucoup de similarités entre ces deux milieux-là. C'est vrai qu'on n'en parle pas assez. J'ai beaucoup parlé de différences.