Ma 3e conversation avec Annie Roy, la cofondatrice et directrice générale et artistique de Quand l’art passe à l’actionou ATSA. Ma première conversation a eu lieu le 17 juin 2021 sur le Mont-Royal: é57 roy - ouvrir des consciences. Ma 2e, enregistrée le 21 octobre 2024 dans le cadre de ma semaine de résidence à La Montagnarde, est é163 annie roy - faire de l’art en forêt, et cette 3e, aussi enregistrée à La Montagnarde, est présentée dans le cadre de ma 6e saison sur le thème des 'arts et de la culture en temps de crise, d'effondrement et de renouveau'.
Nous avons parlé de plein de choses dans ce montage de 15 minutes, dont la dualité entre la vie en campagne et urbaine et la dualité vitesse/ralentissement. J’ai beaucoup apprécié la lenteur et le calme de notre conversation et sa passion pour la vie rurale.
Veuillez consulter la transcription de cet épisode pour les hyperliens des publications et organisations citées. Pour plus d'informations sur la saison 6 du balado conscient, voir une réflexion consciente ou écouter la version sonore de cette réflexion ici.
Points d'action suggérés
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Notes d’épisode generée par l’IA Whisper Transcribe
Aperçu de l'histoire
L'art peut-il nous aider à naviguer dans un monde obsédé par la vitesse et la technologie ? Annie Roy partage sa réflexion sur le besoin crucial de se reconnecter à la nature, de redécouvrir la valeur de la simplicité et de remettre en question la marche inexorable du « progrès » technologique avant qu'il ne soit trop tard.
Sommaire des chapitres
00:00 La Solitude Urbaine et Rurale
01:07 L’Art en Temps de Crise
03:04 Ralentir pour Réfléchir
04:39 La Patience et l’Écoute
07:36 Solidarité et Avenir de l’Humanité
09:09 Accepter le Ralentissement
12:04 L’Essence de l’Humanité
Quelques citations de Annie Roy
Derrière l'histoire
Cet épisode a été enregistré lors de ma résidence à La Montagnarde, sous l’égide de l'ATSA, en octobre 2024. La discussion découle d'observations sur le fossé grandissant entre les communautés urbaines et rurales, et d'une préoccupation commune concernant la dépendance croissante de l'humanité à l'égard de la technologie, au détriment de notre connexion avec la nature et de nos propres capacités intrinsèques.
Remarque : il s'agit d'une transcription automatique fournie pour ceux qui préfèrent lire cette conversation et à des fins de documentation. Elle a été vérifiée mais n'est pas tout à fait exacte à 100 % (certains noms peuvent ne pas être tout à fait exacts). Veuillez me contacter si vous souhaitez citer cette transcription : claude@conscient.ca
[00:00:00 - 00:00:51] Annie Roy
Ben moi, je trouve qu'une des deux plus grandes solitudes présentement sont la ville versus le rural. Puis je pense que malheureusement, le rural se sent souvent moins hot que le monde de la ville, t'sais, comme s'ils étaient en déficit de quelque chose, là, quand on sait bien que c'est faux. J'aimerais ça qu'on réapprenne à aimer la nature pour ce qu'elle est, tout simplement, là. Que nous on la redécouvre aussi, les urbains. Puis qu'on ait une posture commune envers le fait de la protéger, puis de l'aimer, puis qu'elle soit importante.
[00:00:55 - 00:01:31] Claude Schryer
Ma troisième conversation avec Annie Roy, la cofondatrice et directrice générale et artistique de Quand l'art passe à l'action ou ATSA. Ma première conversation était l’épisode 57 et la deuxième épisode 163. Celle-ci a été enregistrée lors de ma résidence à la Montagnarde, organisée par ATSA, sur le thème des arts de la culture en temps de crise, d'effondrement et de renouveau. Voici ‘aimer la nature’.
[00:01:33 - 00:01:41] Annie Roy
Puis ben ici, Il y a moins d'art, les distances sont grandes.
[00:01:41 - 00:01:43] Claude Schryer
Dans le sens conventionnel.
[00:01:43 - 00:02:56] Annie Roy
Oui, bien, dans le sens que tu ne vas pas au théâtre, tu sais, comme c'est moins de proximité qu'en ville, tu sais, tu ne peux pas te... Tu sais, à 7 h le soir, tu te dis « Ah! On vas-tu au cinéma? » Tu sais, tout est plus complexe pour avoir accès à de l'art, à de la culture. Les distances sont grandes, il faut se déplacer, il faut une volonté particulière, tandis que des fois, je trouve qu'en ville, bien, C'est tellement aussi dans ta face que peut-être que tu ne t’en rends même pas compte que c'est là, tu sais, je ne sais pas. Donc je pense que pour moi, le mariage à la montagnarde, de la nature et de l'art, c'est un mariage de culture aussi. C'est un mariage d'accessibilité. Puis de compréhension mutuelle, comme de deux mondes qui... qui vont cohabiter là, puis... tu sais, l'art dans un esprit de hyper-civilisation, tu sais, quand tu dis, OK, on fait de l'art, on est une société avancée, comme si, tu sais, on crée, tu sais, on y pense, on a un regard sur nous-mêmes, puis là, tout d'un coup, bien, la nature, elle est ce qu'elle est, puis c'est comme ce mariage de l'hyper-construit puis du hyper-naturel, c'est quand même intéressant. C'est un beau clash en soi, tu sais.
[00:02:59 - 00:03:03] Claude Schryer
Et comment est-ce que l'art pourrait servir dans des situations de crise?
[00:03:04 - 00:04:37] Annie Roy
Moi, je pense que, particulièrement avec la montagnarde, c'est un outil de ralentissement. Je pense qu'on a besoin, tout en se sentant qu'on continue notre travail. Donc si on s'en vient en résidence, donc évidemment, on continue de travailler, on est productif. Mais en même temps, on est aussi dans un besoin de ralentir, qu'on s'offre ça, puis que c'est correct. Puis je pense que... Pourquoi on est rendus là? Tu parles d'effondrement, bon, parce qu'on veut trop, trop vite, tout le temps. Puis je pense que, même philosophiquement ici pour moi, d'avoir un lieu où est-ce qu'on se permet de... de peut-être prendre le temps, de peut-être, tu sais, de lire, d'être seule aussi. D'être seule parce qu'on est toujours à la course, puis qu'on veut rien manquer, puis qu'on va tout voir, et puis tout ça, mais que là, tout d'un coup, on est plus loin du village, dans... au cœur de la forêt, puis que ben... t'es obligée d'être un peu face à toi-même, puis de réfléchir, puis de laisser la journée passer, hein, puis que t'es... Peut-être que ça va fonctionner, peut-être que non, Donc je pense que c'est des outils importants à se doter aussi de lieux de ressourcement puis de ralentissement puis de retrouver comme un temps, un temps un peu plus lent.
[00:04:39 - 00:06:02] Claude Schryer
Je vais te lire une citation d'un chercheur autochtone australien, Yin Paradies. J'ai fait une entrevue en anglais avec lui dans l'épisode 193, pour ceux qui veulent l'entendre. C'est un homme très sage et très calme. Il m'a beaucoup aidé. C'est tiré d'un manuel qui s'appelle en anglais Inter Cultural Communications Handbook, un manuel autochtone australien. En français, on pourrait dire un manuel de communication interculturelle. Et je vais te lire la citation parce que je pense que ça a un rapport avec la promenade qu'on a faite avant-hier. Là, c'est traduit de l'anglais :
Qu'est-ce que tu penses de ça?
[00:06:03 - 00:07:34] Annie Roy
Ben, je pense que c'est ça qu'on ressent quand on est en forêt. Puis que... Ne serait-ce que par la marche. Tu sais, la marche en forêt, puis regarder... Ah, je vais là, je vais là. Aérer. Aérer, c'est vraiment important. Se permettre l'errance. Quand t'es en forêt, tu marches, puis tu regardes, puis tu ne sais pas pourquoi. Ah, je vais aller un peu plus à droite. Ah ben non, on va aller à gauche, puis... Ça, c'est vraiment important. L'humain, de tout temps, je veux dire, pourquoi on est devenus des êtres humains? On est partis de quatre pattes à un petit peu plus se lever, se lever, puis marcher. Je pense que marcher, c'est profond. Puis je pense que quand on est en forêt, puis que là, on marche, puis à un moment donné, on s'arrête, On entend des choses. Il y a comme un calme qui s'installe à l'intérieur. Une sorte d'acceptation. Je suis ici. C'est tout. Puis on dirait que des fois, ça donne de l'espace à l'imaginaire, justement, parce que pour qu'une œuvre pointe, comme ça, il faut arrêter le bruit incessant, ambiant, pour un petit peu reconnecter puis avoir le goût de partir dans ton imaginaire. La forêt, je trouve qu'elle est vraiment formidable pour ça aussi.
[00:07:36 - 00:09:07] Claude Schryer
Quand je pense au futur de la planète, de l'humanité, puis je me rends compte qu'il va y avoir un besoin de solidarité entre les humains et avec les non-humains pour qu'on s'entraide dans une période difficile. Et on n'en parle pas beaucoup en partie parce que c'est très difficile, on ne sait pas quoi dire. On sait qu'on doit changer notre comportement, on essaie de le faire, on recycle, on fait des choses, mais la situation est tellement avancée, l'industrialisation a tellement eu un impact important que ce n'est pas qu'il ne faut pas perdre l'espoir, il faut être réaliste pour savoir où on est et qu'est-ce qui se passe vraiment dans nos vies et qu'est-ce que nos enfants vont hériter et leurs enfants, etc. Et c'est pour ça que je pense à ça et au rôle de l'art. Ça fait quatre ans déjà, Annie, que je fais le balado, puis j'ai assez parlé du rôle de l'art, là je veux parler du futur de notre, appelons-le une espèce ou les humains, et comment l'art naturellement, disons, joue un rôle pour... J'ai un ami qui disait, « Art is somewhere between hope and consolation ». Donc la consolation, c'est-à-dire de nous aider à accepter puis de vivre un deuil ou vivre une difficulté et l'espoir, l'énergie positive qui nous permet d'imaginer un futur meilleur. Qu'est-ce que tu penses de ça?
[00:09:09 - 00:10:58] Annie Roy
Moi je pense qu'accepter une décroissance ou un ralentissement c'est un petit peu comme accepter de vieillir. C’est sûr qu'on veut tous être beaux, jeunes et en santé. Mais là, bien, ça n'est pas possible, éternellement. Puis c'est comme s'il fallait que cette aire industrielle accepte de vieillir et donc de ralentir parce qu'elle n'est plus belle, jeune et en santé. Elle a fait beaucoup, là. Ça va, c'est comme il faut qu'elle ralentisse. Puis je pense qu'on n'est pas dans une société ou une civilisation qui accepte de vieillir. Le système actuel, il est vieillissant. Il va comme falloir qu'il y ait une mort de ça, puis une régénérescence de d'autres choses. Mais on n'est pas encore à l'étape d'accepter de vieillir. Au contraire, les nouvelles technologies nous amènent de plus en plus vers encore plus de besoins énergétiques. On veut constamment plus de confort, puis on se fait de moins en moins confiance comme humain d'être capable de faire les choses par nous-mêmes. C'est comme si on veut que la machine nous remplace, fasse toujours mieux que nous. T'sais, l'intelligence artificielle s'est rendue ça, c'est comme, ben, à quelque part j'ai plus besoin de penser, elle va le faire pour moi, je vais lui donner des indications, puis ça va se faire tout seul. On va conduire tout seul. Je sais que c'est peut-être un peu cliché tout ça, mais il y a quelque chose où je me demande si on réfléchit vraiment à l'expérience que l'on veut sur la Terre. Qu'est-ce que tu veux vivre? Ça, c'est mon chien.
[00:10:58 - 00:10:59] Claude Schryer
C'est beau. J'aime le son.
[00:11:00 - 00:14:58] Annie Roy
Elle s'est couchée violemment au sol. Donc c'est ça. Je trouve que j'ai l'impression que des fois on se positionne en second plan, en se demandant pas si les nouvelles choses qu'on met au monde vont nous amener une vraie qualité de vie. On a tout industrialisé, puis là on est tout en train de technologiser. Qu'est-ce que tout ça va amener de mieux dans ton expérience de vie, dans ce que t'es comme petite machine bien extraordinaire et déjà magique, qui est un corps humain, un esprit humain? Ça, ça me pose beaucoup de questions, puis c'est là où, moi, j'accepte de ralentir. C'est comme j'ai envie de redécouvrir. Comment, avec mes deux bras, mes deux jambes, ma tête, mon... Tu sais, comme je peux faire des affaires par moi-même. Je trouve ça vraiment difficile, la trajectoire qu'on est en train de prendre, là. Pas juste dans le fait qu'on détruit la planète, mais aussi dans le fait qu'on continue à vouloir s'effacer. Presque s'effacer comme humain. On est vraiment dans un... C'est comme un suicide collectif. C'est comme un grand suicide. Dans le fond, tranquillement, on ne sert plus à rien parce que la machine est là pour nous, pour le faire pour nous. Mieux, toujours mieux. Mais à quoi ça sert, mieux? J'veux dire, j'ai-tu besoin d'machine pour marcher dans l'bois? Non, quand j'suis dans l'bois là, j'suis moi pis le bois. J'peux pas être plus à la source de ce qu’est mon humanité. Fait que ça, j'trouve que moi c'est ça qui me questionne beaucoup, c'est à quel point on oublie l'essence de toutes les sensations qu'on peut vivre sur terre naturellement. Puis que là, on est en train de devenir démunis, de se départir de nos connaissances, de nos compétences, tout en exploitant encore plus les ressources de la planète, c'est-à-dire des technologies hyper énergivores, etc. On nous fait croire que ça va être mieux, que ça va être mieux, que ça va être mieux. Mais j'ai l'impression qu'il faut que ça soit ça, la révolution, c'est « Hey! Je m'en fous qu'il y ait mieux! Moi, j'aime ça de même. C'est comme la recette de ta grand-mère. OK, t'sais, c'est tout. J'aimerais ça continuer de la faire, comprends-tu? Pas juste tout le temps... Ah! C'est pas... C'est délicat parce qu'on est des êtres d'apprentissage, fait qu'on veut continuellement... Oui, probablement, c'est ça qui nous... Motive, tu sais, apprendre, puis découvrir et tout ça. Mais en même temps, je ne sais pas ce qu'elle devient l'humain de demain dans cette optique-là de s'arracher un peu du naturel, puis de s'en aller constamment vers l'artificiel, puis de... Tu sais, des fois, même quand j'écoute, par exemple, du son pour me détendre, tu sais, puis que c'est supposé être un son de la nature, le ruisseau, tatatitatata. Des fois, mon cœur s'emballe parce que je me dis, dans le fond, je ne le sais pas. Ce n'est peut-être pas du tout du son naturel. Là, c'est du son qui a été fait par une intelligence artificielle qui a mis toutes sortes d'affaires ensemble, mais moi, on me donne la sensation que je suis dans le naturel. Mais ce n’est pas vrai, ce n’est pas authentique, ce n’est pas du vrai naturel. La seule fois où je sais que je suis un être humain, tout nu, assise, qui vit sur la planète, c'est quand je suis en forêt.